Red Red Wine

Créé par le 05 mai 2009 | Dans : bonheurs inavouables, bonheurs sensuels

«  Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leurs nids dans vos cheveux  » Proverbe Chinois

Une journée de trop, comme il y en a parfois.

Un jour où l’on ne sait pourquoi on travaille là, à quoi ça sert, à quoi ça rime, est-ce que ça vaut même la peine de ramener un salaire à la maison ?

Je sors emplie de haine et de colère, les veines chargées d’adrénaline.

Le premier qui croisera ma route va manger.

Je décide de rentrer à pied.

Mais la longue marche dans les allées du Parc, sous les grands marronniers, n’y change presque rien.

J’ai beau respirer le gazon fraîchement tondu, lever les yeux au ciel pour n’y voir que les branches feuillues, prenant le risque de marcher dans les crottes des chiens citadins, rien n’y fait.

J’ai beau m’enfouir, une fois chez moi, dans le cou de ma fille, qui sent bon la crème hydratante et le shampoing à la fraise, rien n’y fait.

En une journée de trop, j’ai perdu le sens de la vie.

C’est pas la peine que je réclame un massage, que je cherche le pire des films d’horreur, le meilleur des chocolats…

Faut que je crache mon venin, que je touche le fond, que je pisse quelques larmes.

Au diable l’équilibre alimentaire, l’incompatibilité médicamenteuse, il me faut du vin.

Pas le bon bourgogne, non, quand même, mais le petit Cahors, le Bergerac ou le Bordeaux, feront très bien l’affaire…

Un verre puis deux puis trois, pas besoin de vider deux bouteilles pour me réchauffer la gorge.

Avec la course à pied j’ai perdu l’habitude des beuveries alors un rien me saoule, et c’est tant mieux.

Arrive ce vide joyeux et poétique où mes yeux errent autour du verre à pied.

Enfin je sirote le petit velours rouge et je sens les nerfs de mes épaules qui commencent à lâcher.

Je pleure à l’intérieur. Je ne sais pas pleurer dehors.
Je retrouve dans un morceau de musique une beauté mélancolique.

Pardonnez-moi mais ce soir, je n’avais pas trouvé d’autre échappatoire…

3.85 pièce

Créé par le 29 avr 2009 | Dans : Non classé

“L’affiche doit être un télégramme adressé à l’esprit.” Paul Colin
Plusieurs années que j’m'abime dans ce bureau sans avoir rien mis aux murs.

Pourtant j’y ai souvent pensé.

J’ai même acheté une fois un poster que je voulais faire encadrer, un paysage d’Irlande, où je ne suis jamais allée.

Un plan d’eau plein de roseaux où se reflète le ciel clair.

Mais il est toujours resté enroulé dans son tube en carton.

Ce bureau avec sa fenêtre au nord me déprime.

Peut-être pour ça que j’ai jamais rien mis sur ces murs.

Peut-être parce que toutes les jolies choses que je voyais, j’avais envie de les mettre au mur chez moi.

Plusieurs années que je suis face à ce mur sensé être mauve mais qui n’est que gris.

Un mur vide où je n’ai jamais contemplé que le vide, la solitude, parfois la frustration, et la colère.

Et puis aujourd’hui au détour d’un supermarché je les ai trouvées.

Deux toiles de 50 par deux, avec des fleurs en macro plus grosses que ma tête à moi.

Une marguerite et son gros coeur jaune et une multitude de pétales roses et pointus comme une fleur de ciboulette.

A 3.85 euros pièce, les deux grosses fleurs ont sauté dans mon caddie entre les iles flottantes et les oeufs.

Elles se sont vite accrochées au mur vide et gris, qui n’en est plus un depuis.

Depuis, quand j’en ai envie, mon regard s’ouvre et se perd sur un jardin dans lequel je ne suis qu’un petit insecte.

J’y suis comme dans ma chambre où, une fois la tête sur le polochon, je me perds dans la contemplation de ces femmes nues.

J’y suis rêveuse et pensive.

J’y suis chez moi, tout simplement.

Le Pendule

Créé par le 19 avr 2009 | Dans : bonheurs enfantins

 » On appelle joie cet état de l’être qui n’a besoin de rien pour être heureux « 

André Gide
 

Je ne l’avais pas vue jusqu’à maintenant, mais elle est bel et bien là, accrochée discrètement sous la grange, pendue à de larges crochets, au bout de deux cordes jaunes, la balançoire.

Bien sûr je sais que je suis trop vieille pour pouvoir en faire, j’ai passé l’âge, mais je vais pouvoir vivre ce bonheur par procuration.

Il me suffit de montrer à l’enfant la petite planche de bois suspendue et je sais qu’il va courir vers elle, irrésistiblement attiré par l’idée de s’envoler dans les airs.

Parmi les raisons qu’on a de regretter l’âge de l’enfance, il y a bien sûr celle-là : on ne peut plus monter sur les balançoires.

Il n’y a pas de balançoire pour adulte.

Il y a des parcs d’attraction, des manèges à sensation, des trucs pour faire peur, des trucs pour soulever le coeur, du saut à l’élastique, du saut en parachute, mais, de balançoire il n’y a plus.

Moi je ne me rappelle pas m’être jamais lassée de ce balancement quand j’étais dessus.

Je me rappelle que je m’élevais au-dessus des champs que je fixais et qu’à chaque fois que je redescendais, je ne voulais qu’une chose : m’élever une nouvelle fois au dessus de la colline.

Alors quand l’enfant monte sur la balançoire, on se met à la fixer.

Nos regards se mettent à suivre l’enfant, inlassablement, dans ses envols et ses retours au sol.

Puis, l’air de rien, l’enfant sur la balançoire se change en pendule géant.

C’est un immense pendule vivant et hypnotique.

Vos paupières sont lourdes, très lourdes…

Même le chat caché dans le buisson regarde l’enfant et sa petite tête moustachue va de gauche à droite comme les nôtres.

Quelques instants plus tard, on n’entend plus que le bourdonnement des insectes qui butinent les fleurs du cerisier.

Pourvu que personne ne compte jusqu’à 3, et qu’on ne se réveille pas.

Le nez dans les poils

Créé par le 10 avr 2009 | Dans : bonheurs enfantins, bonheurs primitifs

« C’est quoi réussir sa vie sinon cela, cet entêtement d’une enfance, cette fidélité simple : ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure » Christian Bobin

J’ai jamais eu de chance avec les animaux.

J’ai eu un chat, je l’ai pas fait castrer, il s’est enfui.

6 mois plus tard, je l’ai retrouvé tout raide devant la porte de mon appartement.

J’ai eu des poissons, et puis j’ai déménagé. Je les ai emmenés au bassin de l’animalerie le temps du déménagement, et puis je ne suis jamais allée les rechercher. De toute façon, ils étaient plus heureux là-bas que dans mon aquarium nettoyé de façon aléatoire…

J’ai adopté un chien à la spa. Il regardait les enfants comme des sandwichs, il a bouffé le short de mon proprio le jour où il n’a pas voulu me rendre ma caution. Mon mec le supportait plus, alors j’ai voulu le donner à un jeune homme, mais une fois chez lui mon chien a bouffé la main de sa copine. J’ai voulu le donner à une dame, mais une fois chez elle le chien a voulu bouffer son fils, alors elle l’a abandonné sur le parking d’un supermarché… Du coup mon chien est retourné à la spa.

Et puis j’ai eu un enfant, une petite fille.

Jusqu’à ce jour,elle ne s’est pas enfui.

J’ai déménagé , mais je n’ai pas eu à la laisser à l’animalerie, sa grand-mère s’est occupée d’elle pendant qu’on changeait d’appart.

Et pour l’instant, il n’est pas question de l’emmener à la spa.

Mais ce qui est génial, c’est qu’elle fait du poney le samedi après-midi.

Pendant qu’elle monte, je regarde le gros chat gris qui fait sa toilette perché tout en haut des meules de foin. Il me regarde en clignant de l’oeil, avec un air de torpeur d’après sieste, et de temps en temps il descend faire sa petite ballade d’un pas chaloupé.

Je carresse le gros chien qui vient me renifler jusqu’à ce qu’il se rende compte que ce n’est pas moi, cette semaine, qui ai fait un gateau pour les autres enfants.

Et quand elle a fini, je peux brosser les poneys avec elle.

Je me mets des grands poils partout sur les sapes, je mets mes doigts dans les crinières, je mets mes bottes dans la gadoue et mes jeans dans la poussière.

Et puis, comme les enfants quand ils descendent de leur monture, je fais des calins aux poneys. Je mets mes bras autour de leur cou et je plonge mon nez dans leurs poils pour m’imprégner de leur odeur, comme je le faisais autrefois avec mon chien mangeur d’enfants-sandwichs.

 

 

Iles flottantes

Créé par le 03 avr 2009 | Dans : bonheurs sensuels

 » Vous ne pouvez être que ce que vous êtes. Détendez-vous ! Le monde a besoin de vous tels que vous êtes.  » Osho Rajneesh

J’aime pas mon corps.

Je l’ai jamais aimé.

Il me le rend bien sur les photos d’ailleurs, il se venge, le salaud.

Pas trop dans les miroirs, parce que c’est mon esprit qu’il l’oriente pour y voir ce qu’il y veut.

Sauf dans ceux des cabines d’essayage. Comment fait-il pour rendre si disgracieux sur moi les vêtements si jolis sur les mannequins des vitrines ?

Il se venge, c’est sur.

Il se venge du mépris que je lui porte depuis si longtemps, de la guerre que je lui mène, incessante… des privations et des excès que je lui inflige au fil des ans.

J’envie les visages lisses et les ventres plats, les peaux mates et les jambes galbées, les tailles creusées, les petits pieds, les doigts fins, les yeux en amande, les poils blonds… et les poids légers….

Mais dans mon bain… j’aime mes seins…

Ces deux dômes lisses qui sortent de la mousse, leur peau blanche au bout de laquelle pointe le petit téton rose bonbon.

Et au milieu coule une rivière… au gré de ma respiration, une rivière qui se retire de son lit, une rivière dont les crues et les décrues suivent chaque souffle qui entre et sort.

Je reste là à les regarder flotter, cette vision étrangement m’apaise comme la vue iréelle d’une ile déserte et paradisiaque au large d’un océan.

Je suis sur cette île et je n’ai plus de raison de mépriser mon corps.

Je reste sur cette île jusqu’à ce que l’eau soit trop froide.

Et avant de rentrer j’aurai appris, d’abord que je suis une femme, et ensuite, que je peux l’aimer aussi.

s’endormir avec un autre

Créé par le 29 mar 2009 | Dans : bonheurs sensuels

 » Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé » Montesquieu

Mon esprit a besoin d’être distrait pour me permettre de m’endormir.

Me mettre au lit comme ça, à la fin d’un film,  ou après une soirée, ce n’est pas possible pour moi.

Mon esprit s’en va dans toutes les directions, il s’énerve, il s’excite, il pense à dix choses à la fois, parfois il s’égare de souvenirs en souvenirs et m’emmène dans des endroits que j’ai fuit depuis des années, alors il me faut me débattre comme en plein marécage pour que cessent ces tortures qu’il m’inflige.

Pour le distraire, parfois je lui inflige l’écran télévisé jusqu’à ce que le sommeil l’emporte sur son tumulte, puis dans un demi-éveil je rampe jusqu’à mon lit.

Mais ce que je préfère, c’est m’endormir en lisant.

Je suis à côté de l’homme qui partage ma vie, ou bien je suis dans le canapé, je tourne les pages une à une jusqu’à ce que mes yeux soient de plus en plus difficiles à garder ouverts. A un point tel que je fais de courtes pauses. Je garde les yeux fermés et je pose ma tête quelques dizaines de secondes, puis j’essaie de reprendre ma lecture.

A un moment je comprends que ce n’est plus possible, j’ai tellement envie de dormir que mon esprit s’est endormi avant moi, il ne viendra plus m’ennuyer avant demain matin, c’est bien certain maintenant.

Alors je sers mon livre contre moi, un doigt enfoui en lui à la page où je me suis arrêtée, je le colle à mon coeur, au chaud au creux de ma poitrine, et je m’endors paisiblement.

Oh je sais bien que plus tard dans la nuit, il profitera de mon sommeil pour échapper à mon étreinte.

Je sais bien qu’il tentera de s’enfuir au travers des collines de draps.

Mais à chaque fois dans sa fuite c’est l’homme qui l’arrête en se demandant bien ce que peut faire ce livre qui lui entre dans les côtes ou dans les reins au milieu de son lit, et d’un geste énervé il le jettera par terre.

Demain je devrais chercher pendant quelques minutes la page que j’avais laissée parce que je n’avais pas voulu y glisser un marque-page pour le laisser sur la table de nuit.

J’avais voulu m’endormir contre lui.

Le Coeur de Salade

Créé par le 21 mar 2009 | Dans : bonheurs alimentaires

 » Une bonne cuisinière est une fée qui dispense le bonheur  » Elsa Schiaparelli

 Certes….

En grandissant, c’est vrai que j’ai trouvé un intérêt autre dans la cuisine que celui de me remplir de choses merveilleuses (d’un point vue « bassement » psychanalytique, des choses aussi merveilleuses que l’amour ou la reconnaissance que mes parents auraient pu me prodiguer).

L’intérêt, c’était de remplir d’autres personnes de choses merveilleuses, des choses qu’on avait soi-même élaborées, ou, encore mieux, dont on avait soi-même eu l’idée.

Alors l’intérêt devenait de voir dans les yeux de ces gens le plaisir, et parfois même, la reconnaissance, de leur avoir fait découvrir les plats que nous avions fait… avec amour.

Parfois cela va plus loin, on partage la cuisine comme on partage la musique. On échange un regard à la première bouchée et on sait ce que ressent l’autre. C’est une pièce du puzzle qui se met en place. On hoche la tête puis on la fait dodeliner – oh putain que c’est bon – et d’un coup d’un seul dans le plaisir du palais on est sur la même longueur d’onde, on est de la même famille.

Oui mais… ça ne se partage pas toujours.

Malgré tout le plaisir que j’ai à partager ma cuisine et à goûter celle des généreux, il y a une chose que je ne veux pas partager : le coeur de salade.

Déjà toute petite, je le piquais en douce dans le saladier avant que la batavia n’ait été mélangée avec la vinaigrette.

Aujourd’hui je continue. S’il n’est pas de plaisir égoïste plus intense que la masturbation, le second c’est surement de chiper le coeur de salade en cachette, et de croquer dans les feuilles jaunes pour en absorber le suc. C’est le meilleur des fruits croquants, c’est un bonbon de verdure, et c’est encore meilleur quand personne ne s’en rend compte.

 

La Tête dans les étoiles

Créé par le 16 mar 2009 | Dans : bonheurs enfantins

 » On n’a pas besoin de connaitre des aventures extraordinaires dans les mers du sud pour avoir une vie passionnante  » Philippe Delerm

 

Y a pas besoin de lever les yeux au ciel pour voir les étoiles briller. Y a pas besoin d’attendre que la nuit tombe par temps clair.

Moi quand je veux voir les étoiles, je vais nager.

Quand je veux voir les étoiles, je regarde le fond de la piscine.

Même qu’en plus des étoiles, y a des arcs en ciel lumineux et mouvants.

Des étoiles dans un ciel bleu clair et limpide, on peut pas voir ça de nuit.

De la nuit, les étoiles du fond de la piscine n’ont gardé que le silence.

Ce silence olympien et serein, qu’est sensé rappelé notre bien-être dans le ventre de notre mère.

Mais dans le ventre de ma mère, je me rappelle pas qu’il y avait autant de lumière.

J’ai pas envie de sortir de là, pour trouver les cheveux des autres filles dans les douches, et faire la queue au sèche-cheveux.

J’aimerais bien rester là à nager jusqu’à ce que j’ai plus la force que de flotter au milieu des étoiles du fond de la piscine.

Surtout qu’y a pas beaucoup de moments où je me sens calme comme ça moi, et forte, et en paix, à la fois…

 

Je rêve que je…

Créé par le 15 mar 2009 | Dans : bonheurs sensuels

 » Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation, c’est d’y céder  » Oscar Wilde

Il y a les rêves érotiques, ceux dont on se réveille parfois honteux de l’adultère qu’on y a commis, ou déçus que ce ne soit qu’un rêve, finalement, parfois encore plus déçus que la personne qu’on y ait rencontré n’existe pas. Parfois dégoûtés que la personne qu’on y ait touché soit un collègue infect, ou interloqués que ce soit une personne du même sexe que nous… Parfois nostalgique que ce soit un ancien amant qu’on ne reverra plus jamais…

Mais quoi de plus réel que ces rêves-là, quoi de plus proche de la réalité que ces rêves où l’on s’abandonne, on l’on ressent cette chaleur dans la gorge comme dans nos premiers émois….

Malgré tout, je préfère rêver que je fume…

Aaaaaaaaaaaaah…… les rêves où je fume…

Ils sont toujours la continuïté de ma journée bien réelle. J’y suis habillée pareil, avec les mêmes personnes, la seule différence est que je m’y autorise à fumer. Juste une cigarette.

Oui mais l’inspiration est comme une renaissance, l’expiration comme une libération. Je prends de longues bouffées et aussi un plaisir fou. Tout à coup tout est plus facile à vivre, plus facile à faire et à défaire. Et puis surtout, j’ai le sentiment de me retrouver, d’être tout à fait moi, comme si la cigarette était un prolongement de moi-même, quelquechose d’étrangement poétique, de sensuel et de mystérieux…

Lorsque je me réveille, je suis heureuse d’avoir fumé en dormant, d’avoir retrouvé cette sensation merveilleuse le temps d’un rêve.

ça fait deux ans que j’ai arrêté de fumer, et j’ai de très bonnes raisons de ne pas reprendre.

Mais quand même, quel bonheur, à chaque fois… que je rêve que je fume….

Etre Odieuse avec le vieux

Créé par le 06 mar 2009 | Dans : bonheurs inavouables

 » Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles  » Gandhi

Je fais mes courses chez Edouard entre midi et deux. J’aime mieux à ce moment-là que le soir après le boulot ou le samedi. Le samedi, ça me rend folle. Des fois même, ça me fait peur. J’ai déjà vu des agressions entre meneuses de caddies le samedi à Carrouf, alors je préfère de loin sacrifier ma pause déjeuner.

Ce jour-là, j’attends patiemment que deux adeptes du sacrifice-pause-déjeuner vident leur caddie-de-la-semaine devant moi, respectueuses de ces femmes qui certainement comme moi, mangeront leur sandwich en triangle sur le coin de leur bureau, passeront dix minutes à tenter d’essuyer la mayonnaise sur le clavier et la pulpe de tomates sur le dernier appel d’offre qui doit partir au courrier avant seize heures. Puis mon tour vient de vider mon caddie plein.

C’est alors qu’il arrive, LE VIEUX.

Octogénaire, avec la casquette de travers, les lunettes à double foyer, un filet de mandarines pendant au bout de la main droite, et caché derrière son dos, au bout de sa main gauche, un truc écossais à roulettes bourré de commissions-faut pas me la faire à moi.

Je vois bien qu’il cherche mon regard, mais pas moyen, je regarde fixement les provisions que je décharge de mon caddie pour les poser sur le tapis roulant, c’est tellement plus intéressant.

Alors au bout de cinq minutes de stretching intensif pour capter mon attention, voyant que ça ne marche pas, LE VIEUX se met à me parler.

 » C’est ici pour peser les fruits ???  » dit-il avec son filet de mandarines pendouillant dans les airs.

 » Euh oui, (ça fait un certain temps déjà faudrait peut-être se réveiller qu’)on pèse les fruits en caisse chez Edouard.

 » Ah oui, ah… ah oui ah bon…. euh… je pourrais les peser ???  »

Alors là j’ai deux solutions, soit je me la joue Gandhi soit je laisse passer le vieux, et puis MERDE;

 » Les caisses rapides sont là-bas Monsieur  » dis-je en montrant l’autre bout du magasin du doigt.

 » Oui mais euh… c’est encore moins rapide que les caisses normales !  »

 » OUI MAIS LES CAISSES RAPIDES C’EST LA BAS MONSIEUR « .

Il s’en va. Personne ne me lance de cailloux. Je ne paie pas plus cher à la caisse pour immoralité. Je repars même avec le sentiment d’avoir accompli un acte de rebellion.

Et j’aurai 30 secondes de plus pour manger mon triangle.

Chouette.

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