bonheurs inavouables

Articles archivés

Moque toi et le ciel t’aidera

Créé par le 06 jan 2011 | Dans : bonheurs inavouables

 » Il n’est pas de plus grand plaisir que d’écrire, quand on a le bon destinataire : la vie, en fin de compte, n’existe que d’être solidifiée par les mots, transformée en récit plein de dérision  » Catherine Cusset 
 

J’adore ma patronne.

Je l’adore pour son extraordinaire façon de s’habiller.

Tous les jours, c’est un véritable festival, c’est mieux que le cirque pinder, c’est mieux que la chaine comédie, c’est plus surprenant que les rues de Londres.

Je ne sais pas comment elle fait, pour associer un chemisier, un pantalon et un gilet de costume avec 6 couleurs et 4 types de rayures différentes.

Je ne sais pas non plus comment elle fait pour trouver ça joli.

Je ne comprends pas comment elle assume de porter une blouse à poids avec une jupe à fleurs.

Je suis restée perplexe devant son pantacourt bouffant et ses low-boots.

Je suis restée baba le jour où elle a reçu nos plus importants clients en tongues roses.

But she did it !

Et si je l’aime tant, c’est parce que, depuis toute petite, je ne sais pas si je suis jolie.

Ce n’est pas par narcissisme, que je passe parfois de longues minutes à me mirer dans la glace, non, c’est parce que je ne sais toujours pas, si je suis jolie ou pas.

Mais quand elle est à côté de moi, dans cette tenue-là, tout à coup, c’est magique, je me sens comme une fleur qui éclot, un pétale qui se couvre de rosée, une cavalière montée en amazone sur une licorne ailée, un papillon aux grandes ailes chatoyantes, je me sens belle !

Enfin !!!

IRON MAN

Créé par le 15 juil 2010 | Dans : bonheurs inavouables

 » Il n’y a pas de plus grande joie que celle qu’on n’attend pas. » Sophocle
 

On prend les mêmes et on recommence.

Une fête de village, ça n’est jamais sans risque.

Pour commencer, on risque fort de s’y ennuyer.

Il y a tous ces gens qu’on ne connait pas, et qu’on n’a pas forcément envie de connaitre non plus.

Avouons-le, c’est assez drôle de les observer, voire si nécessaire de se moquer.

J’aime bien le vieux avec sa grande mèche qu’il met en travers de son crane pour cacher sa calvitie, et le look du voisin de derrière, celui qui avait la vue sur ma chambre, celui qui m’a forcée à fermer les rideaux les 3/4 du temps, avec ses pantoufles et ses chaussettes remontées jusqu’au genou, sacrée tenue pour un repas du 14 juillet…

A l’heure de la sieste, après le rosé pamplemousse, le Mâcon St Gengoux, le Passetoutgrain et le crémant rosé, on lutte difficilement contre le sommeil, mais c’est avec succès qu’on arrive jusqu’à l’heure du café.

Ce ne sont malgré tout que des risques calculés.

On n’avait pas prévu l’humiliation publique de fin de soirée.

Quand sa propre mère, elle aussi bien arrosée, se met à étaler votre vie privé au milieu de la grande tablée regroupant les habitants du village où vous avez grandi, qui commencent à vous regarder fixement avec de gros yeux ronds, alors qu’elle dit, comme si de rien n’était :

 

 » Oh ma fille, elle est tout le temps fourré chez le psy ! Tout le temps j’vous dis !! ça sert à rien, elle en a pas besoin ! Elle ferait mieux de dépenser son argent autrement ! Achète toi des robes tiens plutôt !  »

J’ai envie de la tuer, mais je me retiens, ça ferait désordre, une strangulation brutale en travers du jambon persillé et des merguez… Je la foudroie du regard tant que je peux, mais les crispations de ma machoire ne semblent pas l’affoler plus que ça, elle est bien décidée à rabaisser sa progéniture à un niveau qui ne doit pas excéder la hauteur d’une bouse de vache après 15 heures d’exposition solaire intense.

C’est alors qu’il se met à parler. L’inconnu, juste à côté d’elle. 45 ans, les yeux clairs et la peau mate. Je ne l’avais pas encore remarqué.

J’avais bien remarqué Mr L. avec sa fâcheuse tendance à vous passer la main dans le cou, puis dans le dos, avec son haleine fétide à 2 cm de votre propre bouche, et ses avances grasses pendant que votre mari a le dos tourné…. J’avais bien remarqué Mr M. et son rire qui vous pète le tympan alors que personne n’a rien dit de drôle depuis les 32 dernières minutes, Et puis aussi Mlle V. très fière de se promener avec la décoration de table en guise de coiffure bucolique…

Mais lui, je ne l’avais pas vu…

 » Vous savez, moi aussi je vais voir un psy, au début j’étais réticent, mais maintenant, j’ai une autre manière de voir les choses. Alors n’essayez pas de vous mettre à la place de votre fille, vous n’y arriverez pas de toute façon.  »

C’est qui lui ? Un chevalier sur son blanc destrier ?

C’est miraculeux, elle se tait.

Je crois même qu’elle a honte de ce qu’elle a dit.

Je suis partie sans lui dire au revoir et sans savoir qui il est, je ne veux pas savoir son nom.

D’abord parce qu’ainsi je ne serai pas tentée de l’appeler un jour pour lui dire merci.

Et puis parce que de toute façon, l’identité des super héros reste toujours secrète.

 

Uncomplete

Créé par le 21 mai 2010 | Dans : bonheurs inavouables

 » Du moment que le bonheur c’est de vivre, on doit le trouver aussi bien dans la douleur que dans le plaisir et parfois jusque dans l’ennui  » Marcel Jouhandeau 
J’emmerde la perfection.

Je suis aux antipodes de la perfection. D’ailleurs quel intérêt peut-elle avoir ? Et où est-ce que Shostakovitch serait-il allé chercher l’inspiration sans cette si précieuse souffrance ?

Sans l’oppression, sans la torture, sans la brulure intérieure… Samuel Barber n’aurait pas écrit d’adagio, et que dire d’Albinoni ?

Le désordre intérieur, la grande nébuleuse, c’est incompréhensible, mais tellement poétique…

Il n’y a ni prose ni poésie dans la perfection, il n’y a que l’ennui et le vide existentiel.

Parce que la moelle ne transpire qu’à travers nos failles.

Je m’accroche à mes entailles, mes blessures, mes écorchures, mes cicatrices, au rimel qui coule sur mes joues, à mon haleine chargée, à mes mots grossiers, à ma tête et mes poings qui cognent les murs, à tout ce qui fait de moi quelqu’un qui se dresse loin au delà de cette perfection, et de tous ces bourgeois, que je vomis, comme Yves Simon les avaient si bien décrits, à leurs fenêtres… mangeant des biscuits.

 

 

A Star is born

Créé par le 13 avr 2010 | Dans : bonheurs inavouables

 » L’homme heureux est celui qui se retrouve avec plaisir au réveil, se reconnaît celui qu’il aime être.  » Paul Valery

 

6h30… Le réveil sonne… Ô sainte douleur que l’esprit qui s’éveille à une nouvelle journée de labeur.

Pour le préparer à cette nouvelle journée de doutes, de déconvenues, de frustrations, d’angoisses aussi…bref de névrosée, je lui réserve un plaisir égoïste.

Le premier de tous, avant celui du petit dej, avant la douche, avant l’oeuf qui s’est mué en confiture de myrtilles.

Je guette du coin de l’oeil le lever de l’homme, je sais qu’il ne va pas tarder, je le sens bouger, je reste attentive au rythme de la respiration, aux bruits des draps…

ça y est ! Il se lève… Il quitte la chambre…

Et je m’étale.

Telle une étoile de mer, je déploie mes membres et je reprends d’un coup l’intégralité du territoire nuptial. Il n’y a pas un centimètre carré de ce lit qui ne m’appartienne plus. Les deux oreillers suffisent à peine pour ma propre tête, mes bras et mes jambes comme des tentacules géantes, au bout desquelles les mains et les pieds frémissent de plaisir.

Les draps n’ont jamais été aussi chauds, aussi doux, aussi accueillants qu’en cet instant.

Il me reste une demie-heure d’égoïste cuisant.

 

Red Red Wine

Créé par le 05 mai 2009 | Dans : bonheurs inavouables, bonheurs sensuels

«  Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leurs nids dans vos cheveux  » Proverbe Chinois

Une journée de trop, comme il y en a parfois.

Un jour où l’on ne sait pourquoi on travaille là, à quoi ça sert, à quoi ça rime, est-ce que ça vaut même la peine de ramener un salaire à la maison ?

Je sors emplie de haine et de colère, les veines chargées d’adrénaline.

Le premier qui croisera ma route va manger.

Je décide de rentrer à pied.

Mais la longue marche dans les allées du Parc, sous les grands marronniers, n’y change presque rien.

J’ai beau respirer le gazon fraîchement tondu, lever les yeux au ciel pour n’y voir que les branches feuillues, prenant le risque de marcher dans les crottes des chiens citadins, rien n’y fait.

J’ai beau m’enfouir, une fois chez moi, dans le cou de ma fille, qui sent bon la crème hydratante et le shampoing à la fraise, rien n’y fait.

En une journée de trop, j’ai perdu le sens de la vie.

C’est pas la peine que je réclame un massage, que je cherche le pire des films d’horreur, le meilleur des chocolats…

Faut que je crache mon venin, que je touche le fond, que je pisse quelques larmes.

Au diable l’équilibre alimentaire, l’incompatibilité médicamenteuse, il me faut du vin.

Pas le bon bourgogne, non, quand même, mais le petit Cahors, le Bergerac ou le Bordeaux, feront très bien l’affaire…

Un verre puis deux puis trois, pas besoin de vider deux bouteilles pour me réchauffer la gorge.

Avec la course à pied j’ai perdu l’habitude des beuveries alors un rien me saoule, et c’est tant mieux.

Arrive ce vide joyeux et poétique où mes yeux errent autour du verre à pied.

Enfin je sirote le petit velours rouge et je sens les nerfs de mes épaules qui commencent à lâcher.

Je pleure à l’intérieur. Je ne sais pas pleurer dehors.
Je retrouve dans un morceau de musique une beauté mélancolique.

Pardonnez-moi mais ce soir, je n’avais pas trouvé d’autre échappatoire…

Etre Odieuse avec le vieux

Créé par le 06 mar 2009 | Dans : bonheurs inavouables

 » Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles  » Gandhi

Je fais mes courses chez Edouard entre midi et deux. J’aime mieux à ce moment-là que le soir après le boulot ou le samedi. Le samedi, ça me rend folle. Des fois même, ça me fait peur. J’ai déjà vu des agressions entre meneuses de caddies le samedi à Carrouf, alors je préfère de loin sacrifier ma pause déjeuner.

Ce jour-là, j’attends patiemment que deux adeptes du sacrifice-pause-déjeuner vident leur caddie-de-la-semaine devant moi, respectueuses de ces femmes qui certainement comme moi, mangeront leur sandwich en triangle sur le coin de leur bureau, passeront dix minutes à tenter d’essuyer la mayonnaise sur le clavier et la pulpe de tomates sur le dernier appel d’offre qui doit partir au courrier avant seize heures. Puis mon tour vient de vider mon caddie plein.

C’est alors qu’il arrive, LE VIEUX.

Octogénaire, avec la casquette de travers, les lunettes à double foyer, un filet de mandarines pendant au bout de la main droite, et caché derrière son dos, au bout de sa main gauche, un truc écossais à roulettes bourré de commissions-faut pas me la faire à moi.

Je vois bien qu’il cherche mon regard, mais pas moyen, je regarde fixement les provisions que je décharge de mon caddie pour les poser sur le tapis roulant, c’est tellement plus intéressant.

Alors au bout de cinq minutes de stretching intensif pour capter mon attention, voyant que ça ne marche pas, LE VIEUX se met à me parler.

 » C’est ici pour peser les fruits ???  » dit-il avec son filet de mandarines pendouillant dans les airs.

 » Euh oui, (ça fait un certain temps déjà faudrait peut-être se réveiller qu’)on pèse les fruits en caisse chez Edouard.

 » Ah oui, ah… ah oui ah bon…. euh… je pourrais les peser ???  »

Alors là j’ai deux solutions, soit je me la joue Gandhi soit je laisse passer le vieux, et puis MERDE;

 » Les caisses rapides sont là-bas Monsieur  » dis-je en montrant l’autre bout du magasin du doigt.

 » Oui mais euh… c’est encore moins rapide que les caisses normales !  »

 » OUI MAIS LES CAISSES RAPIDES C’EST LA BAS MONSIEUR « .

Il s’en va. Personne ne me lance de cailloux. Je ne paie pas plus cher à la caisse pour immoralité. Je repars même avec le sentiment d’avoir accompli un acte de rebellion.

Et j’aurai 30 secondes de plus pour manger mon triangle.

Chouette.

Le lutin vert |
Valérie et Martin |
FANTASIA |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | POUR VOUS TOUS
| Essais, erreurs et pacotilles
| makemebeautiful