bonheurs enfantins

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De Profundis

Créé par le 18 mar 2012 | Dans : bonheurs enfantins

 » Les occasions de nostalgie sont rares, il faut les cultiver. Car bien sur, c’est de cela que demain sera fait.  » Serge Bouchard

Nostalgie : nom féminin singulier,  » tristesse due à l’éloignement de son pays natal, mal du pays « .

Si l’on m’avait demandé de la définir, j’aurais dit que la nostalgie a de multiples visages.

Elle peut être un lieu, un moment, un objet, une chanson, une personne, un regard…

Toutes ces choses qui réveillent cette sorte de mélancolie suave qui sort d’on ne sait où. Tout à coup la gorge se serre, et on sent comme une onde qui monte pour venir vous vriller le cerveau, brutalement. On essaie de la contenir, on sent que peut-être elle pourrait se muer en sanglots, si on se laissait aller, si on lâchait prise un instant.

Soudain j’entends le bruit métallique des feuilles sèches qui roulent sur le bitume, juste derrière moi.

Le vent fait des cercles dans l’eau, la peinture s’écaille, ici finalement rien n’est imperturbable, à part moi, en apparence.

Je me laisse couler telle cette barque dans cette langueur paisible, rassurante, presque maternelle. La rondeur du silence, l’immensité du lac.

Et où je comprends pourquoi la nostalgie n’est pas un nom masculin.

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Gemellité

Créé par le 26 déc 2011 | Dans : bonheurs enfantins

Je n’aime pas les habitudes. Les habitudes vous rendent esclaves de vos manies, elles vous enferment dans une cage de petitesse et de médiocrité.

Mais que dire des rituels ? Ils n’ont rien à voir avec les habitudes. Au contraire. Les rituels nous ancrent dans notre enfance perdue, ils nous enracinent dans nos familles. Ils nous ramènent à des souvenirs doux et amers à la fois.

Les rituels ont le goût des bonbons à la violette, même si certains les trouvent désuets.

La café du matin est un rituel,  la soupe du soir est une habitude… Vous voyez ? Vous commencez à faire la différence ?

Chez Dame Raoul, le soir du réveillon de Noël, un rituel a été instauré, depuis quelques années.

Dame Raoul et son frère décident de faire de la musique sans être écoutés.

Au début c’était difficile, ce sentiment d’injustice, ce manque de reconnaissance, cette indifférence sans fond devant l’effort que ces deux-là faisaient pour apprendre à jouer et à lire la musique.

Alors Dame Raoul s’est mise à chanter, pour faire plus de bruit encore. Et même elle s’est (re) mise à écrire des chansons.

Mais comment aurait-elle pu croire que cela pouvait éveiller leur curiosité, alors même que sa mère lui avouait, en lui offrant le roman qu’elle avait écrit à 13 ans, qu’elle ne l’avait même pas lu.

Dame Raoul, qui lit en cachette le journal intime de sa fille de 8 ans, a bien du mal à comprendre, qu’on puisse ne pas avoir envie d’écouter ses enfants.

Dame Raoul, qui sans bruit se cache derrière la porte de la chambre, pour écouter avec bonheur sa petite fille faire dialoguer ses petits personnages… Dame Raoul ne comprend pas pourquoi lorsque ses doigts grattent sa guitare, pourquoi lorsque l’archer de son frère fait vibrer les cordes du cello, pourquoi est-ce le moment que choisit leur mère pour replier et ranger soigneusement les papiers cadeaux.

Alors cette année, ils ont bien essayé, d’attendre que les papiers cadeaux soient triés, pour se mettre à jouer.

Mais le rituel est bien ancré.

Et cette année, comme chaque année, lorsque la musique commence à retentir, leurs parents se mettent à parler.

D’autre chose, évidemment, pas de musique ou de chant.

C’est le moment de regarder, comment fonctionnent tous les jouets.

Et quelle pile on met ici ? Et comment s’allume cela ?

Même parfois elle a l’audace de se moquer. Quand elle fait cela j’ai l’oedipe qui me chatouille, je l’avoue, j’ai bien envie de la frapper. Et puis je me dis que c’est le rituel, j’aspire une longue bouffée de ma cigarette électronique, et je me noie dans les volutes de fumée et les notes de mon frère.

Je me dis que pourtant, pour lui ce serait peut-être aisé, de lui planter l’archer au travers de la jugulaire.

Je lui dirai plus tard, car pour l’heure, je préfère me taire.

A cet instant, je comprends que je me suis trompée. Le rituel ne consiste pas à ne pas être écoutés. En vérité, c’est le moment où Dame Raoul se sent le plus proche de son frère. Le moment où elle se rappelle toutes les choses qu’ils comprenaient simultanément sans avoir besoin de parler, quand ils étaient petits. Le moment où elle a de nouveau l’impression qu’ils sont tous les deux seuls au monde, comme dans ce monde où ils sont apparus ensemble, au même instant. Ce monde où, j’en suis sûre, une partie de Dame Raoul aurait voulu rester, pour toujours, car il n’y avait dans ce monde là de place que pour elle et lui, et rien ni personne n’aurait pu les séparer.

Un monde où nous écoutions, comme les soirs de réveillon, la musique de nos coeurs qui battaient in utero.

Blind test

Créé par le 02 fév 2011 | Dans : bonheurs enfantins

 » Le goût est une aptitude à bien juger des choses de sentiment. Il faut donc avoir de l’âme pour avoir du goût.  » Vauvenargues

 

Est-ce parce que l’on fait partie de la génération tang ?

La génération de la boisson chimique, avec un merveilleux goût d’orange, il paraît.

Je vous raconte pas le choc, le jour où les adeptes du tang ont découvert l’orange fraichement pressée, place jamaa el fna, juste à côté du souk de Marrakech.

Est-ce pour cette raison que, plongés non pas dans l’océan mais plutôt dans l’ignorance, nous avons longtemps cru que surimi = batonnets de crabe ?

Est-ce pour cette raison  qu’aujourd’hui, il nous est impossible de reconnaitre le gout d’un apéricube, les yeux fermés ?

Vous avez déjà goûté un apéricube les yeux fermés ?

Faites le test…

C’est salé… il y a comme un goût de… une saveur… oui je sais… je vois…. je crois que c’est tomate ?!?

Ah non, c’est roquefort… Tiens donc ?

Mais non pourtant, j’ai déjà mangé du roquefort… et ça n’avait pas ce goût là pourtant ?

Et encore, j’ai dit tomate parce que j’avais vu la boite… mais sinon… j’aurais peut-être dit…. haricots verts ?

Y a t-il des apéricubes au goût d’orange pressée ? S’il en existe, je le reconnaitrai !

Car j’ai appris étant petite, en versant mon sachet de poudre dans un litre d’eau, ce que c’était, le VRAI goût de l’orange pressée.

J’ose malgré tout souhaiter que les hommes ne sont pas de gigantesques apéricubes, que je pourrai un jour leur faire confiance, et reconnaitre enfin leur humanité, même en fermant les yeux…

Face the Heat

Créé par le 12 jan 2011 | Dans : bonheurs enfantins

  » Ne te sers pas de la technologie comme d’un substitut à la chaleur humaine «  Doc Childre and Bruce Crye

 

Il y a plein de sortes de glou-glou différents dans le monde.

J’aime pas du tout les glou-glous que fait mon ventre avant ou après manger, surtout pendant les réunions importantes et les rendez-vous clients.

J’aime pas trop le glou-glou doudou de ma fille, cet énorme tigre qu’elle a ainsi surnommé, allez savoir pourquoi, mais c’est glou-glou qu’il s’appelle, le truc plus gros qu’elle, qui prend toute la place dans son lit, tellement qu’elle dort recroquevillée au bord pour lui laisser sa place, et que parfois elle tombe. Parfois le matin je la retrouve enfouie dans le ventre ou dans le cou du glou-glou, et c’est un peu bête je le sais, mais j’ai parfois peur à ce moment précis que ce gros pataud ne l’ait étouffée.

Mais j’aime bien les glou-glous des vieux radiateurs.

Quand on les remet en route au milieu de l’automne, les vieux radiateurs qui n’ont pas été purgés se sont emplis d’air tout au long de l’été, font d’affreux glou-glous quand ils se remplissent.

Et c’est bien pire que mon ventre quand il pousse la chansonnette.

Ce concert qu’on dirait intestinal rend la maison vivante.

Vous avez déjà entendu le bruit d’un thermostat de radiateur électrique ?

ça fait  » clic !  » et puis c’est tout !!!

Un tout petit clic bien sec et sans âme, aussi sec que la chaleur qui s’en échappe.

Je parle même pas du chauffage au sol… silencieux comme la mort….

Une fashionata  vous dirait que les vieux radiateurs ont du charme parce qu’ils sont  » vintage « .

Moi je les trouve vivants !

Et puis quand on veut on peut même y poser son séant.

Je peux aussi leur confier la robe tout juste sortie du lave-linge que je veux absolument mettre demain.

Oui, j’aime entendre glouglouter les vieux radiateurs.

Comme j’aime entendre une vieille chanson que je n’avais pas entendue depuis des années et que je croyais avoir oubliée !

 

Roger

Créé par le 24 avr 2010 | Dans : bonheurs enfantins

 » L’amour fait songer, vivre et croire. Il a pour réchauffer le coeur, un rayon de plus que la gloire, et ce rayon, c’est le bonheur.  » Victor Hugo
Roger, c’est mon beau-père, le père de mon mari, quoi…

J’adore mon beau-père.

J’adore Roger.

D’abord, parce qu’il me soigne… Il veille toujours à ce que mon verre soit empli de Pommard. Il me met de côté tous ses mensuels et ses hebdomadaires d’économie pour que je puisse travailler mon concours. Il me donne son dictaphone pour que j’enregistre mes cours, il m’a fait cadeau d’une liseuse pour que je puisse lire au lit sans réveiller son fils… Quand j’ai dit que je voulais aller travailler en vélo, il a sorti du fond du garage le vieux vélo de sa femme et il est allé voir les voisins pour qu’on le répare, et il me l’a donné.

On se regarde d’un oeil complice quand sa femme ronchonne, et quand elle a le dos tourné, je lui parle tout bas et je lui fais cracher un secret de famille…  » allez Roger, je ne dirai pas que vous me l’avez dit !!!  »

Et puis surtout il me rappelle mon grand-père, quand il se met à raconter ses histoires de jeunesse, dont tout le monde se fout mis à part moi… Sa femme se met à râler parce qu’il nous dit tous les petits détails, la 3ème maison sur la gauche, comment il faisait semblant d’aller voir sa cousine en vélo pour voir sa future femme, alors qu’il n’avait que 12 ans… Et elle, on voit bien que ça la barbe, mais lui, il a encore les yeux qui brillent, quand il me dit ça, et moi je bois ses paroles comme le pommard qu’il me sert sans fin, et je me rappelle quand j’étais toute petite, et que mon grand-père corse nous chantait, à mon frère et moi, des chansons dont nous n’avons compris le sens que bien des années après…

Et quand je l’écoute, j’ai envie d’y croire, pour une fois, au sens de la vie.

Drag me to Hell

Créé par le 04 avr 2010 | Dans : bonheurs enfantins

« Réaliser dans l’âge d’homme les rêves de la jeunesse, c’est ainsi qu’un poète a défini le bonheur  » Léon BLUM

Quand j’étais petite, je jouais au loup avec mon frère. Ou plus exactement, au tueur sanguinaire. Pourquoi c’était toujours lui le loup, je ne saurais dire. Ce que j’aimais moi, c’était courir devant en hurlant de terreur. D’ailleurs, au bout de quelques minutes, je n’étais plus vraiment capable de courir, juste de crier. Je n’aurai donné ma place de victime hurlante pour rien au monde. J’adorais me sentir paralysée par la terreur, je riais à gorge déployée en même temps que je criais. Je savais que jamais je ne pourrais courir plus vite que le monstre qui était à mes trousses. Je savais qu’il allait finir par m’attraper, et cela me faisait plus peur encore, et rire encore plus fort.

Je crois que j’ai pris goût à ce mélange de joie enfantine, d’adrénaline et de peur.

Est-ce que c’est pour ça qu’aujourd’hui je me gave de films d’horreur ? A force d’en avoir vus, c’est dur d’en trouver un qui me fera cacher mes yeux derrière mes doigts entrouverts. Mais lorsque ça arrive, je me laisse emporter par la peur comme par un torrent, un torrent d’adrénaline dans lequel je me noie avec plaisir.

Je savoure ce danger comme s’il était réel.

Si un jour je pouvais avoir droit moi aussi, à un loup dans un parking souterrain, je suis sûre que malgré les années passées, je ne serais pas capable d’avancer bien loin, que l’adrénaline m’obligerait à m’arrêter plus vite que prévu, bien avant d’avoir retrouvé ma voiture, bien avant d’avoir attrapé fébrilement mon trousseau de clé pour en ouvrir les portières et m’y enfermer.

Je suis sûre que le loup me mangerait.

Le Pré

Créé par le 11 août 2009 | Dans : bonheurs enfantins, bonheurs primitifs

 » Le bonheur pour une abeille ou un dauphin est d’exister, pour l’homme, de le savoir et de s’en émerveiller.  » Jacques-Yves COUSTEAU
 

As-tu déjà vu la houle parme qui danse à la surface des champs de luzerne ?

Si tu ne l’as jamais vue, alors tu ne sais pas à quoi servent tes yeux.

As-tu déjà froissé dans tes doigts la marjolaine qui borde les chemins, pour en respirer le parfum ?

Si tu ne l’as jamais fait crois-moi, tu ne sais pas vraiment te servir de tes doigts.

L’as-tu déjà entendu, le temps, ponctué par les tintements de cloche du troupeau qui s’en va paître le matin, et qui revient le soir, conduit par une mince baguette de bois à la main de cette même jeune femme, par le même chemin ?

Si tu ne l’as jamais entendu, alors crois-moi, tu ne sais pas à quoi te servent tes oreilles.

As-tu déjà senti le foin fraichement coupé, comme une chaleur lourde, t’emplir les narines et t’entêter ?

Si tu ne l’as jamais senti, crois-tu vraiment savoir à quoi te sert ton nez ?

As-tu déjà goûté la base jaune et sucrée d’une tige d’herbe tirée doucement par son sommet, alors même que le vert ne s’y est pas encore installé ?

Si tu ne l’as jamais fait, alors crois-moi, tu n’as jamais rien goutté.

Peu importe que tes yeux te servent à envier, que tes doigts te servent à montrer les objets que tu voudrais posséder, que tes oreilles écoutent ce que l’on veut bien y déverser, radio, pubs, télé, que tu renifles le dernier Jean-Paul Gaultier, ou que tu croies au vu de ton addition goûter le meilleur.

Cela ne compte pas vraiment, si tu ne connais pas le Pré.

Entre les murs

Créé par le 13 juil 2009 | Dans : bonheurs enfantins

 » Être étonné, c’est un bonheur ; et rêver, n’est-ce pas un bonheur aussi ?  »

Edgar Allan Poe

 

J’aime les étangs en hiver, j’aime le bleu des étangs d’hiver. Si dense et presque métallique, je sens sur lui glisser le vent pour venir ensuite me fouetter le visage et l’empourprer.

L’étang d’hiver est poétique, avec ses bords de foin jaune et sec, ce contraste bruyant de couleurs dans sa saison toute grisonnante.

J’en ai des photos plein la tête. J’y ai écrit des chansons , il me semble, qui parlaient d’estime de soi, cette chose enlisée tout au fond d’un moi vaseux.

Oui mais l’hiver, il n’y a pas cette jungle de roseaux.

Ces grands murs de roseaux qui se dressent tout autour.

Je fais le tour de l’étang, et je guette ces minuscules criques magiques où l’eau émeraude légèrement trouble se fait un passage entre les murs de cette flore fabuleuse.

Si je pouvais y aller et m’y asseoir, je n’y écrirais pas de chanson, ce serait pour me cacher.

Je serais à l’abri de tout, pour un temps.

Même si l’on peut s’imaginer voir de tout surgir entre eux, si dense et serrés soient-ils.

Ce pourrait être un fauve, ce pourrait être un chien joyeux qui s’arrêterait le temps d’une caresse ou deux, ce serait un héron, ce serait un homme avec un chapeau de tissu vert sombre, le cordon autour du cou et les bords relevés sur les côtés, ce serait tout ce que j’imaginais dans mes heures de solitude adolescente.

Et si ce ne sont que des fantômes, il me reste la sérénité.

 

La vieille bicyclette

Créé par le 22 mai 2009 | Dans : bonheurs enfantins

 » Le vrai bonheur coûte peu, s’il est cher, il n’est pas d’une bonne espèce.  » Chateaubriand

Ce fut comme une révélation.

Moi qui pendant si longtemps, avait encensé cette vieille berline avec son chargeur 12 CD, capable de me dispenser pendant les plus courts trajets les titres les plus rock’n'roll de la planète métal, que j’allais hurler à tue-tête jusqu’à la grille verte du parking des bureaux et son gyrophare,

Moi qui ai toujours pensé que cela me donnait de la force de me rendre au travail sur ces airs guerriers,

Moi qui, dans mes rêves les plus fous de française des jeux, me voyait retaper cette vieille berline à l’effigie de KISS, Gene Simmons sur le capot, Paul Stanley sur le toit, Peter et Ace se partageant les portières,

Je ne sais pourquoi tout à coup il me fallut un vieux vélo.

Alors que j’ai toujours préféré courir que pédaler, alors que depuis 10 ans je n’avais plus rien enfourché que quelques partenaires, tout à coup il me fallut un vieux vélo.

Peut-être que ça me passera, à force de me taler le cul sur cette vieille selle, et de prendre dans mes yeux et ma bouche grands ouverts les moucherons du soir tombant.

Peut-être que ça me passera, à force de me prendre dans les genoux le guidon trop bas bien que réglé à son maximum, à force de risquer de belles croûtes au menton et des dents amochées à tous les nids de poules et les trottoirs trop hauts…

En attendant de me lasser, j’enfourche une fois n’est pas coutume une partenaire féminine, qui elle ne s’occupe pas si bien de mon séant, mais me permet de faire flotter mes cheveux dans le vent, de traverser le parc chaque matin le souffle haletant, et de me sentir un peu plus vivante… qu’avant.

 

Le Pendule

Créé par le 19 avr 2009 | Dans : bonheurs enfantins

 » On appelle joie cet état de l’être qui n’a besoin de rien pour être heureux « 

André Gide
 

Je ne l’avais pas vue jusqu’à maintenant, mais elle est bel et bien là, accrochée discrètement sous la grange, pendue à de larges crochets, au bout de deux cordes jaunes, la balançoire.

Bien sûr je sais que je suis trop vieille pour pouvoir en faire, j’ai passé l’âge, mais je vais pouvoir vivre ce bonheur par procuration.

Il me suffit de montrer à l’enfant la petite planche de bois suspendue et je sais qu’il va courir vers elle, irrésistiblement attiré par l’idée de s’envoler dans les airs.

Parmi les raisons qu’on a de regretter l’âge de l’enfance, il y a bien sûr celle-là : on ne peut plus monter sur les balançoires.

Il n’y a pas de balançoire pour adulte.

Il y a des parcs d’attraction, des manèges à sensation, des trucs pour faire peur, des trucs pour soulever le coeur, du saut à l’élastique, du saut en parachute, mais, de balançoire il n’y a plus.

Moi je ne me rappelle pas m’être jamais lassée de ce balancement quand j’étais dessus.

Je me rappelle que je m’élevais au-dessus des champs que je fixais et qu’à chaque fois que je redescendais, je ne voulais qu’une chose : m’élever une nouvelle fois au dessus de la colline.

Alors quand l’enfant monte sur la balançoire, on se met à la fixer.

Nos regards se mettent à suivre l’enfant, inlassablement, dans ses envols et ses retours au sol.

Puis, l’air de rien, l’enfant sur la balançoire se change en pendule géant.

C’est un immense pendule vivant et hypnotique.

Vos paupières sont lourdes, très lourdes…

Même le chat caché dans le buisson regarde l’enfant et sa petite tête moustachue va de gauche à droite comme les nôtres.

Quelques instants plus tard, on n’entend plus que le bourdonnement des insectes qui butinent les fleurs du cerisier.

Pourvu que personne ne compte jusqu’à 3, et qu’on ne se réveille pas.

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