» C’est dans l’absolue ignorance de notre raison d’être qu’est la racine de notre tristesse  (…) » Anatole France

 

J’ai arrêté de fumer. Encore une fois. Pourquoi j’ai fait ça ? Je ne sais pas.

Enfin, j’ai presque arrêté de fumer. Souvent, je ne fume pas. De temps en temps, je tire sur ma cigarette électronique. Exceptionnellement, quand je suis vraiment énervée, je m’achète un paquet de blondes, et je le vide en quelques jours.

Il y a quelques temps, j’ai commencé à faire de la photo.

Je me suis découvert une nouvelle passion. J’ai l’impression de prolonger la beauté du monde, parfois même de la magnifier, et puis d’en emporter un bout avec moi aussi.

Et puis après je fais des petits albums photos en ligne, sur internet, et je les envoie à mes proches.

Je les envoie à mes parents, je les envoie à mon frère, à mes amis, et puis aussi à mes grands parents. C’est à peu près le seul contact que j’ai avec eux d’ailleurs.

Mes grands parents maternels et moi, c’est une longue histoire.

Ils ne répondent jamais à mes albums photos, ils ne m’en disent jamais rien, mais je sais qu’ils les regardent, alors je continue de leur envoyer.

Sauf ce soir. Ce soir , ils ont répondu.

Ils m’ont même envoyé des félicitations. Sauf qu’elles ne m’étaient pas destinées. Pour une fois qu’ils répondaient, il ne s’agissait pas de mes photos à moi.

Une fois n’est pas coutume, je leur avais envoyé les photos de celui qui m’a appris à en faire.

Alors j’ai eu envie de fumer. Très fort.

Mais c’était le soir, et les tabacs étaient fermés. J’ai fouillé dans mes affaires et j’ai trouvé 6 paquets de tabac à rouler presque vides. Allez savoir pourquoi je ne les avais pas jetés. Consciencieusement, je les ai vidés dans une feuille de papier, tous un par un, et j’ai réussi à me rouler une petite cigarette.

Cela m’a donné l’occasion d’aller la fumer sur le balcon.

Depuis mon balcon, j’ai vu qu’il y avait, à l’ouest, les nuages longs et effilochés de ma tristesse, et à l’est, j’ai vu qu’il y avait les gros nuages noirs de ma colère.

Je me suis dit que demain, peut-être, il ferait beau.

En aspirant le goût amer de ma peine.

 

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