Gemellité

Posté par le 26 déc 2011 | Dans : bonheurs enfantins

Je n’aime pas les habitudes. Les habitudes vous rendent esclaves de vos manies, elles vous enferment dans une cage de petitesse et de médiocrité.

Mais que dire des rituels ? Ils n’ont rien à voir avec les habitudes. Au contraire. Les rituels nous ancrent dans notre enfance perdue, ils nous enracinent dans nos familles. Ils nous ramènent à des souvenirs doux et amers à la fois.

Les rituels ont le goût des bonbons à la violette, même si certains les trouvent désuets.

La café du matin est un rituel,  la soupe du soir est une habitude… Vous voyez ? Vous commencez à faire la différence ?

Chez Dame Raoul, le soir du réveillon de Noël, un rituel a été instauré, depuis quelques années.

Dame Raoul et son frère décident de faire de la musique sans être écoutés.

Au début c’était difficile, ce sentiment d’injustice, ce manque de reconnaissance, cette indifférence sans fond devant l’effort que ces deux-là faisaient pour apprendre à jouer et à lire la musique.

Alors Dame Raoul s’est mise à chanter, pour faire plus de bruit encore. Et même elle s’est (re) mise à écrire des chansons.

Mais comment aurait-elle pu croire que cela pouvait éveiller leur curiosité, alors même que sa mère lui avouait, en lui offrant le roman qu’elle avait écrit à 13 ans, qu’elle ne l’avait même pas lu.

Dame Raoul, qui lit en cachette le journal intime de sa fille de 8 ans, a bien du mal à comprendre, qu’on puisse ne pas avoir envie d’écouter ses enfants.

Dame Raoul, qui sans bruit se cache derrière la porte de la chambre, pour écouter avec bonheur sa petite fille faire dialoguer ses petits personnages… Dame Raoul ne comprend pas pourquoi lorsque ses doigts grattent sa guitare, pourquoi lorsque l’archer de son frère fait vibrer les cordes du cello, pourquoi est-ce le moment que choisit leur mère pour replier et ranger soigneusement les papiers cadeaux.

Alors cette année, ils ont bien essayé, d’attendre que les papiers cadeaux soient triés, pour se mettre à jouer.

Mais le rituel est bien ancré.

Et cette année, comme chaque année, lorsque la musique commence à retentir, leurs parents se mettent à parler.

D’autre chose, évidemment, pas de musique ou de chant.

C’est le moment de regarder, comment fonctionnent tous les jouets.

Et quelle pile on met ici ? Et comment s’allume cela ?

Même parfois elle a l’audace de se moquer. Quand elle fait cela j’ai l’oedipe qui me chatouille, je l’avoue, j’ai bien envie de la frapper. Et puis je me dis que c’est le rituel, j’aspire une longue bouffée de ma cigarette électronique, et je me noie dans les volutes de fumée et les notes de mon frère.

Je me dis que pourtant, pour lui ce serait peut-être aisé, de lui planter l’archer au travers de la jugulaire.

Je lui dirai plus tard, car pour l’heure, je préfère me taire.

A cet instant, je comprends que je me suis trompée. Le rituel ne consiste pas à ne pas être écoutés. En vérité, c’est le moment où Dame Raoul se sent le plus proche de son frère. Le moment où elle se rappelle toutes les choses qu’ils comprenaient simultanément sans avoir besoin de parler, quand ils étaient petits. Le moment où elle a de nouveau l’impression qu’ils sont tous les deux seuls au monde, comme dans ce monde où ils sont apparus ensemble, au même instant. Ce monde où, j’en suis sûre, une partie de Dame Raoul aurait voulu rester, pour toujours, car il n’y avait dans ce monde là de place que pour elle et lui, et rien ni personne n’aurait pu les séparer.

Un monde où nous écoutions, comme les soirs de réveillon, la musique de nos coeurs qui battaient in utero.

Et si…

Posté par le 15 sept 2011 | Dans : Non classé

Et si tu recommençais ta vie ?

Si tu changeais d’air et de direction

Si tu avais le droit d’avoir envie

De choisir une autre destination.

 

Et si tu déjeunais le matin ?

Rien qu’un peu de sucre, de beurre et de pain

Si tu nichais ton corps contre le mien

Autant de courbes et de chair entre tes mains.

 

Si on prenait le chemin des étangs ?

Couchés dans l’herbe, allongés comme des amants

Si on allait voir perler la rosée

Pour, à l’automne, en faire des livres reliés

 

Vivre  avec moi serait-il un fardeau ?

Notre maison serait-elle une prison ?

Aurais-tu peur de mes sautes d’humeur ?

Est-ce que tu aurais des secrets, des regrets ?

 

Et si je recommençais ma vie

Avec un homme qui m’aimerait pour de vrai

Si je pouvais reconstruire avec lui

Alors peut-être un jour il me dirait

 

Que vivre avec moi c’est plutôt un cadeau

Notre maison, un endroit pour le repos

Il n’a pas peur de mes sautes d’humeur

Et moi, je n’ai plus ni secrets, ni regrets.

Noble Sujet

Posté par le 19 août 2011 | Dans : Non classé

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Ce jour-là, j’étais à la recherche d’un noble sujet de macrophotographie : une abeille, un bourdon, un papillon, une sauterelle fluorescente… que sais-je encore.
Je me suis mise en chasse, mais il n’y avait que des fleurs, sous ce soleil, pas très éloigné de son zénith, et je désespérais déjà : de n’avoir pris que leurs pétales en photo, que rien d’admirable ne se soit posé dessus, que seul le vent dans les tiges me donne un peu de difficulté.

Certes j’étais déjà bien énervée car mon mentor avait à mon insu, changé mon objectif, et je râlais dans les allées, comme une éternelle insatisfaite, alors que je ne le suis pas, bien au contraire, je sais me satisfaire de peu de choses.

Voilà ma perte d’ailleurs : m’être toujours satisfaite de peu de choses, pensant souvent, que je ne valais pas mieux, que je ne méritais pas mieux que ce que j’avais. Cela m’a valu des années perdues, des parenthèses que j’aurais pu ne pas ouvrir.

Sauf qu’en macro, c’est différent… on n’est pas forcés de trouver un compagnon d’exception pour que les moments que l’on passe avec lui soient exceptionnels ; cette mouche en est la preuve.

Lorsque je l’ai aperçue de mon oeil de géante surplombant cette fleur, elle était minuscule, ridicule, indigne de moi, mais je me suis dit qu’il fallait bien que je m’occupe après tout !

Et une fois cet oeil enfoui dans l’objectif, c’était bien plus qu’une mouche.

La photo que je préfère depuis que j’ai commencé à shooter.

Pour le spectacle magique et inattendu que cette minuscule mouche m’a offert malgré l’indifférence que je comptais lui porter.

Mon Barbu

Posté par le 09 août 2011 | Dans : bonheurs sensuels

J’ai toujours rêvé d’avoir un barbu à moi.

Rien qu’à moi.

Dieu sait (sans vouloir faire de mauvais jeu de mots), que j’en ai vu passer des barbus…

En tout premier, mon père. Barbe rousse d’abord, brune ensuite, et puis poivre et sel pour l’instant, avec les années qui passent. Mais il a fallu que je partage ce barbu-là avec ma mère, mon frère, et maintenant avec ma fille qui lui prend tous ses mercredis de retraite pour bricoler, cuisiner, dessiner, que sais-je encore. Bientôt sa barbe à lui sera toute blanche comme celle du Père Noël : mon deuxième barbu.

Mais celui-là, j’ai du le partager avec tous les enfants du monde, jusqu’à ce que je n’y crois plus ! A peine m’a-t-il prise une ou deux fois sur ses genoux, à peine un bisou au pied du sapin de l’école… assez décevant, ce barbu.

En 3ème il y eut mon psy… mais une fois encore j’ai du le partager avec des dizaines d’autres patients, et puis je lui tournais le dos, allongée dans mon divan… quant aux bisous, bien évidemment, il ne m’en a donné aucun.

Presque en même temps, voilà que mon frère jumeau décidât de se laisser pousser les poils de joues ! Mais quand il prit cette décision, cela faisait fort longtemps qu’il ne m’appartenait plus…

Alors je m’étais résignée, me disant que les barbus, un peu comme le Christ, sont des icônes que l’on est réduit à admirer sans jamais en avoir un pour soi seule.

Et puis j’ai fini par en trouver un.

Je croyais que tout était joué, que mon chemin était tout tracé.

Et pourtant, à présent, quand la nuit tombe, je mets ma tête sur son épaule, et je sens mon front qui se pose et s’apaise dans sa barbe soyeuse, et je me dis que celui-là n’est rien qu’à moi.

Jour de pluie

Posté par le 13 juil 2011 | Dans : Non classé

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Blind test

Posté par le 02 fév 2011 | Dans : bonheurs enfantins

 » Le goût est une aptitude à bien juger des choses de sentiment. Il faut donc avoir de l’âme pour avoir du goût.  » Vauvenargues

 

Est-ce parce que l’on fait partie de la génération tang ?

La génération de la boisson chimique, avec un merveilleux goût d’orange, il paraît.

Je vous raconte pas le choc, le jour où les adeptes du tang ont découvert l’orange fraichement pressée, place jamaa el fna, juste à côté du souk de Marrakech.

Est-ce pour cette raison que, plongés non pas dans l’océan mais plutôt dans l’ignorance, nous avons longtemps cru que surimi = batonnets de crabe ?

Est-ce pour cette raison  qu’aujourd’hui, il nous est impossible de reconnaitre le gout d’un apéricube, les yeux fermés ?

Vous avez déjà goûté un apéricube les yeux fermés ?

Faites le test…

C’est salé… il y a comme un goût de… une saveur… oui je sais… je vois…. je crois que c’est tomate ?!?

Ah non, c’est roquefort… Tiens donc ?

Mais non pourtant, j’ai déjà mangé du roquefort… et ça n’avait pas ce goût là pourtant ?

Et encore, j’ai dit tomate parce que j’avais vu la boite… mais sinon… j’aurais peut-être dit…. haricots verts ?

Y a t-il des apéricubes au goût d’orange pressée ? S’il en existe, je le reconnaitrai !

Car j’ai appris étant petite, en versant mon sachet de poudre dans un litre d’eau, ce que c’était, le VRAI goût de l’orange pressée.

J’ose malgré tout souhaiter que les hommes ne sont pas de gigantesques apéricubes, que je pourrai un jour leur faire confiance, et reconnaitre enfin leur humanité, même en fermant les yeux…

Face the Heat

Posté par le 12 jan 2011 | Dans : bonheurs enfantins

  » Ne te sers pas de la technologie comme d’un substitut à la chaleur humaine «  Doc Childre and Bruce Crye

 

Il y a plein de sortes de glou-glou différents dans le monde.

J’aime pas du tout les glou-glous que fait mon ventre avant ou après manger, surtout pendant les réunions importantes et les rendez-vous clients.

J’aime pas trop le glou-glou doudou de ma fille, cet énorme tigre qu’elle a ainsi surnommé, allez savoir pourquoi, mais c’est glou-glou qu’il s’appelle, le truc plus gros qu’elle, qui prend toute la place dans son lit, tellement qu’elle dort recroquevillée au bord pour lui laisser sa place, et que parfois elle tombe. Parfois le matin je la retrouve enfouie dans le ventre ou dans le cou du glou-glou, et c’est un peu bête je le sais, mais j’ai parfois peur à ce moment précis que ce gros pataud ne l’ait étouffée.

Mais j’aime bien les glou-glous des vieux radiateurs.

Quand on les remet en route au milieu de l’automne, les vieux radiateurs qui n’ont pas été purgés se sont emplis d’air tout au long de l’été, font d’affreux glou-glous quand ils se remplissent.

Et c’est bien pire que mon ventre quand il pousse la chansonnette.

Ce concert qu’on dirait intestinal rend la maison vivante.

Vous avez déjà entendu le bruit d’un thermostat de radiateur électrique ?

ça fait  » clic !  » et puis c’est tout !!!

Un tout petit clic bien sec et sans âme, aussi sec que la chaleur qui s’en échappe.

Je parle même pas du chauffage au sol… silencieux comme la mort….

Une fashionata  vous dirait que les vieux radiateurs ont du charme parce qu’ils sont  » vintage « .

Moi je les trouve vivants !

Et puis quand on veut on peut même y poser son séant.

Je peux aussi leur confier la robe tout juste sortie du lave-linge que je veux absolument mettre demain.

Oui, j’aime entendre glouglouter les vieux radiateurs.

Comme j’aime entendre une vieille chanson que je n’avais pas entendue depuis des années et que je croyais avoir oubliée !

 

Moque toi et le ciel t’aidera

Posté par le 06 jan 2011 | Dans : bonheurs inavouables

 » Il n’est pas de plus grand plaisir que d’écrire, quand on a le bon destinataire : la vie, en fin de compte, n’existe que d’être solidifiée par les mots, transformée en récit plein de dérision  » Catherine Cusset 
 

J’adore ma patronne.

Je l’adore pour son extraordinaire façon de s’habiller.

Tous les jours, c’est un véritable festival, c’est mieux que le cirque pinder, c’est mieux que la chaine comédie, c’est plus surprenant que les rues de Londres.

Je ne sais pas comment elle fait, pour associer un chemisier, un pantalon et un gilet de costume avec 6 couleurs et 4 types de rayures différentes.

Je ne sais pas non plus comment elle fait pour trouver ça joli.

Je ne comprends pas comment elle assume de porter une blouse à poids avec une jupe à fleurs.

Je suis restée perplexe devant son pantacourt bouffant et ses low-boots.

Je suis restée baba le jour où elle a reçu nos plus importants clients en tongues roses.

But she did it !

Et si je l’aime tant, c’est parce que, depuis toute petite, je ne sais pas si je suis jolie.

Ce n’est pas par narcissisme, que je passe parfois de longues minutes à me mirer dans la glace, non, c’est parce que je ne sais toujours pas, si je suis jolie ou pas.

Mais quand elle est à côté de moi, dans cette tenue-là, tout à coup, c’est magique, je me sens comme une fleur qui éclot, un pétale qui se couvre de rosée, une cavalière montée en amazone sur une licorne ailée, un papillon aux grandes ailes chatoyantes, je me sens belle !

Enfin !!!

Mamour

Posté par le 21 oct 2010 | Dans : Non classé

La première fois  que tu m’as parlé, j’avais 15 ans, je suis tombée amoureuse de toi et de tes grands yeux bleus.

Quelques jours après,  on s’est croisés à la MJC, et on a parlé pendant 2 heures sans s’arrêter.

Tu m’as raccompagnée à l’arrêt de bus, t’as fait mine de partir, et subitement, t’as tourné les talons, et t’es revenu me dire «  au fait, j’adore tes lunettes » … t’étais bien le seul….

Quand je venais te voir à Grenoble,  on dansait comme des indiens autour de la table basse du salon, pendant que les petits plats que tu me préparais cuisaient dans le four.

Tu me faisais manger des trucs marinés aux échalotes et à l’ail, et après on allait faire les disquaires de Grenoble avec notre haleine de chacal.

Le soir, on regardait des films d’horreur, et quand tu savais que j’avais vraiment peur, tu te cachais avec une lampe torche sous ta couverture, t’éteignais la lumière, et tu faisais la vieille sorcière lépreuse. Plus je criais, et plus tu te marrais.

Quand on s’appelait pendant des heures, tu me faisais rire tellement fort, que parfois ma fille se levait de son lit pour me demander de me taire, parce que je l’avais réveillée.

Quand ma fille m’a demandé ce qu’il y avait après la mort, je lui ai dit que je ne savais pas, que certaines personnes croyaient au Ciel, et d’autres à la réincarnation. Elle m’a demandé ce que c’était la réincarnation, et quand je lui ai expliqué, elle m’a dit :  » Moi, je sais en quoi il s’est réincarné, il est devenu une étoile….  » J’espère bien qu’elle a raison.

Le plus bel héritage que tu m’as laissé, c’est la musique que tu m’as fait découvrir.

J’ai eu cette chance que tu veuilles bien partager ta grande passion avec moi.

Parmi tous les groupes que tu m’as fait découvrir, il y avait mon groupe préféré, Lillian Axe.

Ils ont écrit une chanson qui m’a toujours fait pleurer. Aujourd’hui quand je relis les paroles je comprends enfin pourquoi.

En voici le refrain :

Ne peux-tu voir que je tombe ?

Ne sais-tu pas comme j’essaie de  m’accrocher  à tout l’amour que tu m’as donné ?

Oh, les ciels à présent s’effondrent.

Et les mers s’assèchent.

Se peut-il que pour moi, le monde s’arrête de tourner ?

 

Va en paix mon amour, je t’aime comme un frère, et je t’aimerai toujours, jusqu’à mon dernier jour.

Il est mort, Il est mort le Soleil

Posté par le 17 oct 2010 | Dans : Non classé

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